SÉMINAIRES INTER-LABOS MMSH

Ces séminaires de recherche, soutenus par la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme (MMSH), sont co-organisés et co-animés par les chercheurs·euses et enseignant·es-chercheurs·euses de l'IREMAM. Les séminaires sont classés par date de première séance.

Responsable scientifique : Julien Loiseau, AMU/IREMAM.

Laboratoires partenaires : CIELAM, CPAF, IREMAM, LA3M, TELEMMe.

Les Séances médiévales d’Aix-Marseille est un lieu de réflexion pluridisciplinaire, un rendez-vous d’actualité de la recherche et un cadre de formation des jeunes chercheurs sur les sociétés méditerranéennes au Moyen Âge. Le Moyen Âge constitue en effet un cadre épistémologique commun à de nombreux travaux conduits à AMU en histoire, histoire de l’art, archéologie, philosophie, littérature et linguistique. Loin d’être seulement une convention chronologique, cette découpe particulière du temps que constitue le millénaire médiéval offre un cadre de réflexion d’une grande acuité pour comprendre sur le temps long la formation plurielle des sociétés méditerranéennes et la sédimentation des héritages dont elles se réclament encore aujourd’hui. En associant plusieurs intervenants autour d’une thématique commune, chaque séance entend faire dialoguer des médiévistes d’horizons divers sur leurs objets et leurs pratiques de recherche, à la croisée des disciplines et des différents mondes médiévaux. Séminaire inter-laboratoires, les Séances médiévales d’Aix-Marseille réunissent des enseignants-chercheurs et chercheurs des différentes équipes de la MMSH et leurs invités.

Programme 2020-2021

« Comment naît l’empire. Trois regards sur la formation de l’Empire islamique »

Vendredi 2 octobre 2020, 14h-18h, MMSH, salle Germaine Tillion.

Avec Denis Genequand (directeur du site et musée romains d’Avenches, Suisse), Frédéric Imbert (professeur d’épigraphie arabe et islamique, Aix-Marseille Université, IREMAM) et Sobhi Bouderbala (maître assistant en histoire à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, titulaire de la chaire Averroès IMéRA/A*MIDEX-AMU).

« Le Moyen Âge et la question écologique. Regards croisés sur les rapports des sociétés médiévales occidentales à la nature »

Vendredi 15 janvier 2021, 14h-18h, en visio Zoom.

Avec Jean-Pierre Devroey (Université Libre de Bruxelles) et Fabrice Mouthon (Université de Savoie). Séance préparée et animée par Emmanuel Bain (AMU) et Laure Verdon (AMU, TELEMMe).

« L’idée de nature et la question écologique sont, en Occident, des inventions médiévales ».

À l’instar de ce qu’affirme Fabrice Mouthon, de nombreux médiévistes considèrent aujourd’hui que le rapport à l’environnement naturel que les sociétés occidentales médiévales ont imaginé et mis en œuvre se trouve aux origines, à de multiples égards, des comportements actuels. De fait, le lien entre action des hommes, dérèglement climatique et crise sanitaire, que l’on pourrait croire caractéristique de notre pensée contemporaine de l’anthropocène, est déjà clairement établi au début du VIIe siècle dans le Traité de la nature d’Isidore de Séville :

« Certains auteurs ont dit quelle est la cause de cette peste : quand, en raison des fautes des hommes, le coup du châtiment s’abat sur la terre, alors, pour un motif quelconque – sécheresse, chaleur violente ou excès de pluie –, l’atmosphère se corrompt et l’ordre de la nature se trouvant ainsi troublé dans son équilibre, il se produit une contamination des éléments, une corruption de l’air et un souffle pestilentiel, un mal pernicieux se déclare, qui infecte les hommes et tous les êtres vivants ».

De la Cosmographie de Bernard Silvestre au Roman de la rose, en passant par Alain de Lille, Nature, dans la littérature médiévale, ne manque pas d’occasions de se plaindre ! Sans prétendre que tout ait déjà été pensé au Moyen Âge, ces textes – autant que l’actualité écologique et éditoriale – nous engagent, deux ans après un premier séminaire des SMAM consacré au Moyen Âge dans son environnement (où s’étaient répondues les communications de Sylvain Piron et d’Aline Durand), à revenir sur cette question de l’attitude des hommes du Moyen Âge envers la nature, ou plutôt dans la nature. Nous le ferons cette année en dialogue avec Jean-Pierre Devroey (Université Libre de Bruxelles) - à qui nous avons repris la citation d’Isidore - auteur de La nature et le roi. Environnement, pouvoir et société à l’âge de Charlemagne (740-820) (2019) et Fabrice Mouthon (Université de Savoie) pour Le sourire de Prométhée. L’homme et la nature au Moyen Âge (2017). En abordant les renouveaux historiographiques et méthodologiques, nous nous attacherons à définir ce qui, de l’époque carolingienne au XVe siècle, a pu constituer les fondements politiques, juridiques, sociaux et idéologiques du « vivre ensemble » dans et avec la nature.

« La Rose au Moyen Âge. Littérature, Histoire, Histoire de l’art »

Vendredi 9 avril 2021, 14h-17h, en visio Zoom.

Avec Valérie Gontéro-Lauze (AMU/CIELAM) et Yves Porter (AMU/LA3M/IUF). Séance préparée et animée par Valérie Naudet (AMU/CIELAM).

Fleur des fleurs, reine des fleurs, cultivée depuis l’Antiquité, recherchée pour ses vertus autant que pour sa beauté, elle orne au Moyen Âge les cloîtres des monastères comme les jardins des palais. Hildegarde de Bingen en recommande l’usage pour nettoyer les yeux et calmer la colère ; Thibault IV de Champagne en rapporte d’Orient une espèce inconnue en France, la rose de Provins ; les poètes d’Orient et d’Occident la chantent, liée au printemps, à l’amour, à la beauté ; les romanciers en font l’objet d’une quête amoureuse, onirique et sensuelle. Leurs images et leurs mots vont marquer pour les siècles à venir le lyrisme amoureux et la construction de l’idéal féminin dans les imaginations. La rondeur de sa forme, l’incarnat ou la candeur de sa robe, l’intensité de son parfum en font une figure de la perfection, profane, érotisée par les poètes, ou sacrée, associée à la Vierge, rose sans épine. A la fin du Moyen Âge, la guerre des roses s’achève en bouquet, rose blanche des York et rose rouge des Lancastre unies dans la fleur rouge au cœur blanc créée par Henry VII Tudor, emblème aujourd’hui encore de l’Angleterre. De l’union à la fusion, il n’y avait plus qu’un pas à franchir. Il ne le sera pas avant le XVIIIe siècle : Michel Pastoureau a montré qu’il faut attendre les Lumières pour que « la rose crée ‘le rose’ » (Le Rouge - Histoire d’une couleur, Paris, Seuils, 2019, Points Seuils, 2019 p. 155).
C’est à cette fleur, simple fleur mais prise au Moyen Âge dans un complexe réseau de sens que nous consacrerons un après-midi. Il était prévu l’année dernière pour le mois de mai, celui de la rose par excellence et il est finalement programmé cette année comme une annonce de la saint Valentin, rappel de ce que la littérature amoureuse lui doit.

« La rose dans l'encyclopédisme médiéval : l'exemple du Grant Herbier en françois  ».
Valérie Gontéro-Lauze (AMU/CIELAM).

Depuis l'Antiquité, la rose occupe une place privilégiée dans les textes encyclopédiques. Les herbiers attribuent à cette fleur de nombreuses vertus médicinales. Après avoir rappelé les sources et les formes de l'herbier médiéval, nous présenterons un texte majeur de la fin du Moyen Âge, Le Grant Herbier en françois, pour analyser ensuite l'article très complet qu'il consacre à la rose.

« La rose dans le monde iranien : paradigme ancré et dilution référentielle ».
Yves Porter (AMU/LA3M/IUF).

La rose (gol), symbole de printemps et de renouveau, de beauté mais aussi de l’être aimé, est omniprésente dans la poésie persane, au moins dès le Xe siècle ; elle demeure en revanche longtemps difficile à identifier dans les arts visuels du monde iranien. L’arrivée progressive de modes de représentation exogènes, venus soit d’Extrême- Orient par le truchement des Mongols à la fin du XIIIe siècle, soit, plus tardivement d’Occident (2e moitié du XVIIe siècle), renouvelle l’iconographie de cette fleur. Mais ces nouveaux codes, où l’on pourrait voir émerger une sorte de convergence des idiomes visuel et poétique, en particulier dans l’association « rose et rossignol » (gol-o bolbol), trahissent en réalité un affadissement progressif des valeurs du langage visuel, paradoxalement brouillées par l’explicitation jusque-là quasiment inédite des métaphores poétiques.

« Écrire une biographie : un exercice impossible ? »

Vendredi 23 avril 2021, 14h-18h, en visio Zoom.

« Bien plus fragile qu’un objet archéologique que l’on parvient, le plus souvent, à reconstituer au moins en ses contours, à partir de quelques fragments, bien plus fragile, en effet, est un objet mental dont l’analyse a perdu la trace » : en conclusion d’un article de 1996 consacré à « la biographie impossible de Mahomet », Jacqueline Chabbi présentait la biographie comme un « objet mental » que l’historien, tel un archéologue, cherchait à reconstituer dans un défi presque impossible. Avait-elle à l’esprit qu’Arsenio Frugoni, dans la préface de son livre sur Arnaud de Brescia, avait abondamment usé de la métaphore archéologique reprochant aux tenants de la « méthode philologico-combinatoire » de reconstituer abusivement une « mosaïque » et présentant son œuvre « comme l’un de ces fragments de sculpture antique, aux lignes pourtant (est-ce une illusion de ma part ?) vigoureusement suggestives » ?
Dans les deux cas, le doute semble l’emporter sur la certitude et, vingt-cinq après la parution de cet article de Jacqueline Chabbi mais aussi du Saint Louis de Jacques Le Goff qui a redonné toutes ses lettres de noblesse à un genre longtemps méprisé des historiens universitaires, nous nous proposons dans cette séance de réfléchir à nouveau à la façon et à la possibilité d’écrire le récit d’une vie. Nous le ferons autour de trois interventions et de trois problèmes très différents :

Elisabeth Malamut (AMU/LA3M) : « Écrire la vie d’Alexis Ier »
Laure-Hélène Gouffran (AMU/TELEMMe) : « Des sources de la pratique à l’écriture biographique »
Mehdi Azaiez (UC Louvain) : « La biographie coranique de Muḥammad ? » Responsable de la séance : Emmanuel Bain (AMU/ TELEMMe)

Carte blanche des doctorants médiévistes : séance reportée à l'année prochaine.

Responsables scientifiques : Katia Boissevain (Idemec, AMU), Marie-Laure Boursin (Mesopolhis), Elsa Grugeon (Mesopolhis), Sabrina Mervin (CéSor, Ehess), Norig Neveu (Iremam).

Thématique du séminaire

Réflexion interdisciplinaire sur les transformations à l’œuvre dans la formation des clercs religieux dans les trois « grandes » religions du Livre et les conséquences sur leurs profils, leurs circulations, leurs modes de légitimation et leurs modes d’intervention dans l’espace public.

Mots-clefs : autorité religieuse, formation, légitimation, mobilité, espace public.

Argumentaire

La question de la formation des « autorités religieuses » peut faire débat dans des pays où religion et État sont séparés, quand elle s’y oppose, ou que lui-même s’impose. L’est-elle moins lorsque l’État se définit comme détenteur d’une légitimité religieuse ? La gestion de la diversité religieuse apparaît comme une problématique partagée et la plupart des États sont confrontés à l’émergence de revendications et attentes de la part des fidèles. Ceci d’autant qu’à partir de la fin du XIXe siècle, les institutions religieuses et leurs représentants connaissent d’importants changements qu’ils soient internes ou dus à des contraintes étatiques (loi 1905 pour la France, fin du califat ottoman, apparition du réformisme musulman, etc.) redistribuant leur implantations et prérogatives. Ils se trouvent parfois à négocier avec de nouvelles structures étatiques (régimes communistes, révolution iranienne et création de l’État d’Israël). Ces autorités religieuses sont pourtant, les premières à être confrontées et à devoir gérer la formation de leurs clercs.

Quelles sont les institutions de formation, quels curricula proposent-elles et à qui s’adressent-elles ? Parallèlement, quels sont les acteurs de la transmission et de sa pérennisation ? La formation des clercs sera ici considérée au-delà de l’institution, qui peut délivrer un diplôme professionnalisant, comme toute forme de transmission (par un maître ou familiale) d’un savoir érudit, mais aussi d’un charisme ou d’un savoir être, faire et dire. L’un des premiers constats établit par l’équipe organisatrice de ce séminaire est la multiplicité des curricula proposés aux clercs, y compris lorsqu’ils appartiennent à une même religion, même rite ou école juridique. Selon les périodes, les contextes historiques, les publics et les territoires concernés, différentes disciplines doivent être maîtrisées par les clercs : sciences religieuses, sciences humaines, savoirs encyclopédiques, enseignements soufis, maîtrise des langues. Dans ce contexte, les supports de la formation sont multiples et s’adaptent aux évolutions technologiques : prêches, initiations, cassettes, vidéos, sites internet, etc. Ces curricula sont révélateurs des attentes des institutions ou personnes qui les mettent en place : écoles traditionnelles, centres de savoir ésotérique ou exotérique, associations ou encore universités contemporaines. Ceci pose nécessairement la question du rôle du politique dans l’élaboration de ces curricula et interroge dans une perspective comparatiste l’idée d’une sécularisation de la formation des clercs et ses conséquences à différentes échelles. C’est également le lien entre dynamiques locales de formation et inscriptions des parcours dans des logiques transnationales qui sera investigué au cours des séances.

Ce séminaire inter-laboratoires propose ainsi d’interroger, de manière comparative, les transformations à l’œuvre dans la formation des clercs religieux et les conséquences sur leurs profils, leurs circulations, leurs modes de légitimation (islam, christianisme et judaïsme en Méditerranée et en Europe). Pour ce faire, une attention sera portée, selon les contextes, aux profils des clercs masculins et féminins quant à leurs qualifications. Ce qui revient à interroger les compétences en actes et les savoirs mobilisés. Ensuite, partant du constat de l’implantation transnationale des institutions et de leurs lieux de formation, nous analyserons les circulations des savoirs, des supports et des personnes. Comment à partir des centres et des périphéries, les clercs s’organisent-ils ou non en réseaux ? Comment cette structure hiérarchique mouvante marquée par la notoriété de certaines institutions et formateurs a-t-elle des incidences sur les modes de légitimations ? Nous nous intéresserons aux processus de légitimité organisés par les institutions et validés, ou invalidés, par les fidèles, sans oublier de nous interroger sur les nouvelles modalités d’intervention de ces clercs dans l’espace public comme de leurs rapports au champ politique.

Programme 2020-2021

De la variation d’échelle des autorités : entre autorités diffuses, transnationales ou décentralisées ?

Jeudi 5 novembre 2020, 10h-13h, en visio Zoom

Stéphane Lacroix (CERI, Sciences Po), « Da’wa Salafiyya face à l’Arabie saoudite et aux oulémas locaux. »
Claire de Galembert (CNRS/ENS-Paris Saclay), « L’aumônerie aux prises avec une réactivation de la matrice gallicane. »

Autorité religieuse et outil numérique

Jeudi 10 décembre 2020, 9h30-13h, en visio Zoom

Brigitte Maréchal, (CISMOC-IACCHOS-UCL), « Réflexions socio-anthropologiques sur les modalités d’émergence de nouvelles formes d’autorités religieuses sunnites à l’ère numérique. »
André Julliard, « Approches ethnologiques de la dévotion à St Nicolas sur le web : le site anglican stnicholascenter.org »
Ahmed Oulddali, (chercheur associé à l’IREMAM), « La mobilisation de la rhétorique hanbalite par les cyber-prédicateurs francophones. »

Autorité textuelle – Texte et autorité

Jeudi 14 janvier 2021, 10h-13h, MMSH, salle Duby et en visio Zoom

Younes Van Praet, (Université de Rouen, DYSOLAB), « Transformations de l’offre de formation francophone à l’islam (2010-2020) et analyse comparée des pratiques didactiques de l’enseignement du fiqh. »

L’intervention visera à offrir dans un premier temps un aperçu des multiples transformations qu’a connu l’offre de formation à l’islam au cours de cette dernière décennie (2010-2020) : le déploiement des réseaux, la massification par le e-learning, l’évolution des contenus comme des profils d’enseignants... Il en découle une typologie récente des structures francophones révélant ainsi les logiques de frontière qui caractérisent cette offre notamment au regard des attitudes que les entrepreneurs pédagogiques adoptent vis-à-vis de la question publique de la « formation des cadres religieux ». En définitive, la quête de formes de reconnaissance vis-à-vis des institutions publiques est-elle jugée stratégiquement et symboliquement rentable par ces acteurs ? Dans un second temps, pour mieux comprendre ce qui différencie in concreto les diverses formations existantes, nous proposerons de comparer divers cursus qui ont actuellement le vent en poupe auprès des publics d’apprenant, et ce à travers une analyse des pratiques didactiques mises en œuvre dans l’enseignement du fiqh

Hiba Abid, (CéSor), « Quand l’objet-livre fait autorité : copistes et lecteurs des manuscrits dévotionnels dans le Maghreb prémoderne. »

En prenant pour point de départ un texte emblématique de la littérature dévotionnelle consacrée au Prophète, le Dalā’il al-khayrāt d’al-Jazūlī (m. 1465), on discutera la manière dont le livre manuscrit se fait l’objet par lequel l’autorité du Prophète est pérennisée et transmise aux croyants dans le Maghreb prémoderne. Ce statut lui est conféré par les artisans du livre, mobilisant un ensemble de dispositifs graphiques, ornementaux voire picturaux, pour assurer la transmission des textes, en se conformant à un modèle manuscrit antérieur. Dans un deuxième temps, on abordera autrement cette autorité en nous plaçant, cette fois-ci, du point de vue des lecteurs des livres de prières qui la reconfigurent au gré de leurs pratiques de lecture.

Jeudi 11 février 2021, 9h30-12h30, en visio Zoom

Pierre Lassave, CéSor, EHESS, « La notion d’autorité en sciences sociales : petite excursion dans les dictionnaires »

Tel Candide on abordera la notion d’autorité à partir de ce qu’en disent les dictionnaires. Cette petite visite en bibliothèque francophone part des définitions générales, philosophiques et sociologiques notamment, pour aller à la rencontre de celles relatives aux autorités religieuses. Dans cet espace-temps occidentalo-centré, ces dernières se limitent aux définitions théologiques et aux approches historiques et anthropologiques des domaines chrétiens et plus récemment islamiques. La multiplication contemporaine des analyses de cas pose la question de la comparaison entre types d’autorité religieuse de plus en plus interdépendants entre eux et avec les institutions publiques.

Jeudi 11 mars 2021, 10h-12h, en visio Zoom

Séverine Mathieu, (EPHE, GSRL), « Autorités religieuses et révision des lois de bioéthique (2018-2020). »

Dans le contexte de la nouvelle révision des lois de bioéthique française, entre 2018 et 2020, les autorités religieuses ont été invitées à donner leur point de vue, en particulier à propos de l’ouverture de la Procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. C’est afin d’étudier les mobilisations religieuses à l’occasion de cette révision qu’une enquête sociologique de type ethnographique a été menée et qui repose sur deux formes de matériaux. D’une part des observations réalisées lors des États généraux de la bioéthique qui se sont tenus entre janvier et mai 2018 et d’autre part, une analyse des propositions faites sur le site des États généraux de la bioéthique, ouvert entre janvier et juin 2018. Sont également exploitées des interventions dans des médias, des entretiens avec des représentants des autorités religieuses monothéistes et des documents produits par l’institution catholique.
Dans cette révision, force est de constater que ce sont surtout les autorités religieuses catholiques qui se sont mobilisées. Sans doute pour diverses raisons : l’une historique est que la religion catholique, même dans la France laïcisée et sécularisée d’aujourd’hui, reste la religion majoritaire et entend s’exprimer sur les sujets de bioéthique.
On voudrait montrer dans cette intervention comment le discours de ces autorités catholiques, tout en en en appelant à des valeurs dites « traditionnelles », s’appuie sur une bibliothèque séculière et une « rhétorique de l’anxiété ». On voit alors comment, pour faire valoir les normes procréatives qu’elle défend, dans la lignée de sa réprobation de la contraception et de l’avortement, l’institution catholique a recours à des normes séculières qui témoignent également de la sécularisation du catholicisme.

Jeudi 8 avril 2021, 9h30-12h30, en visio Zoom

Axelle Brodiez-Dolino, (CNE, CNRS), « L’abbé Pierre, prêtre préféré des Français : fabrique et temporalités d’une notoriété hors-norme. »

L’abbé Pierre reste, aujourd’hui encore, la seconde personnalité préférée des Français sur la très longue durée, nommé 16 fois au palmarès. Il a longtemps été, et reste sans doute encore, le prêtre et fondateur associatif le plus connu de France. Dans ce séminaire consacré à la « fabrique des autorités religieuses », et à la réflexion sur l’articulation des notoriétés religieuse et publique, cette intervention s’interrogera sur le pourquoi d’une telle notoriété d’une part, et sur les « dessous » de cette « fabrication » d’autre part. Avec une approche chronologique en trois temps :
1. L’abbé Pierre avant Emmaüs
2. La notoriété de l’Hiver 1954
3. Le resurgissement de l’icône (années 1980-1990).

Bayram Balci, (IFEA, Istanbul), « Fethullah Gülen, au-delà de l’autorité religieuse. »

Issu de l’islam sunnite turc de l’école hanéfite et marqué par diverses tendances nakshibendies propres à l’Anatolie, le « gülenisme » est pour le moins difficile à appréhender. Cette difficulté provient du fait que le fondateur du mouvement Fethullah Gülen lui-même a une interprétation et une incarnation complexes de la notion d’autorité religieuse. Car si au départ, dans les années 1960, l’homme et ses disciples qui vont former le mouvement s’inscrivent dans la sphère spirituelle et religieuse, à partir des années 1970, il y a un dépassement du religieux pour investir d’autres champs comme l’éducation, l’économie, le politique, et même le militaire dans la mesure où leur participation au coup d’état manqué de juillet 2016 fait consensus parmi les analystes. L’objectif de cette communication est d’analyser les différentes facettes de l’autorité chez Gülen perçu à la fois comme chef religieux, gourou, incitateur économique et leader politique au sein d’une communauté encore influente et éparpillée à travers le monde.

Jeudi 6 mai 2021, 9h30-12h30, en visio Zoom

Estelle Amy de la Brétèque, LESC, « Répertoires religieux des Yézidis (Êzidi) - Quelques réflexions sur le rôle de la musique dans la fabrication de l’autorité religieuse. »

Dans la religion yézidie la fonction de nombreux acteurs rituels est héréditaire (cheikh, pîr, qewwal). Les répertoires sacrés (qu’ils soient vocaux ou instrumentaux) sont transmis oralement et secrètement au sein de lignages spécifiques (les lignages de religieux - cheikh et pîr - et les lignages des musiciens rituels - qewwal). Pourtant il existe aussi parmi les disciples (mirîd) des experts en récitation religieuse. Cette présentation discutera les limites entre autorité rituelle et performance des répertoires sacrés des Yézidis (Êzidi).

Preciosa Dombele, LESC, « De la parole Divine au chant : le statut de la parole chantée à Hillsong Church. »

Hillsong est une église pentecôtiste transnationale fondée en Australie par un couple de Néo-Zélandais. En 37 ans d’existence, elle s’est implantée dans plus de 20 pays et dans les plus importantes capitales du monde. La clé de son succès et de son expansion rapide passe par la musique de culte aux sonorités pop rock et électroniques, des services dynamiques et une grande maîtrise des nouvelles technologies au service de la modernisation du rituel. Cette musique de culte a pour rôle d’enseigner la doctrine et les croyances bibliques au travers des mélodies modernes et des paroles qui reflètent leur credo. Basée sur des enquêtes de terrain auprès des églises Hillsong de Londres, Paris et Sydney, cette présentation s’intéresse à analyser comment la musique de culte se montre efficace en donnant du sens aux actions rituelles et en transformant en chant la parole dite divine. Cette immersion dans le monde d’Hillsong sera l’occasion de voir la création de récits personnels et collectifs au travers de la musique et le renforcement du rapport de l’individu avec la parole divine. En outre, il s’agira d’examiner le rôle joué par le chanteur principal, appelé le worship leader, qui possède un statut presque équivalent à celui du pasteur. Celui-ci incarne l’image de l’église auprès des fidèles et joue un rôle prépondérant dans la construction de la communauté religieuse locale, autant que transnationale.

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Responsable scientifique : Juliette Dumas (IREMAM). Coordination : Juliette Dumas (IREMAM), Lydia Zeghmar (IDEMEC), Elsa Grugeon (MESOPOLHIS), Randi Deguilhem (TELEMMe).
Partenaires institutionnels : MMSH ; IREMAM ; IDEMEC ; IFEA, Istanbul ; PhASIF (« Le patrimoine manuscrit philosophique arabe et syriaque en Île-de-France et ailleurs : Trésors à découvrir et circuits de diffusion » ; Domaine d’Intérêt Majeur, Région Ile-de-France) ; TELEMMe.

Argumentaire

Turquie - 1934 : Atatürk annonce la transformation de Sainte-Sophie en musée ; juillet 2020 : Erdoğan ordonne sa réouverture en mosquée. A près d’un siècle d’échéance, ces deux postures à l’égard de cet héritage patrimonial rappellent les enjeux identitaires qui animent les politiques mémorielles des Etats post-ottoman.

Si les mémoires nationales ont fait l’objet de nombreuses études, le cas des mémoires d’Empire soulèvent de multiples difficultés d’appréhension : privées d’unité territoriale, linguistique et/ou communautaire, elle se retrouvent morcelées en multiples lieux et acteurs. Le cas de l’Empire ottoman s’avère exemplaire : suite à son démembrement en une multitude d’Etats-nations, le passé ottoman a longtemps été relégué hors/évacué des histoires nationales et communautaires concernées. Pourtant, depuis près d’une décennie, on assiste à une vive renaissance des usages du passé ottoman dans les sociétés post-ottomanes actuelles – renaissance qui prend des formes et des contours forts variables, dont on peine à comprendre les lignes force. Derrière cette pluralité inévitable, l’héritage ottoman se propose comme repère commun.

En suivant ce fil conducteur d’un héritage commun pluriel ancré dans le temps ottoman, il devient possible de s’interroger sur les trajectoires de construction des mémoires collectives ottomanes, depuis l’époque ottomane jusqu’à aujourd’hui. L’objectif est de comprendre de quoi les Ottomans sont (devenus) le nom ? Pour ce faire, il faut procéder à une archéologie des constructions mémorielles ottomanes d’hier à aujourd’hui, à l’échelle des anciens espaces ottomans (Turquie, Bulgarie, Grèce, Syrie, Liban, Jordanie, etc). Or, les productions mémorielles résultent de constructions volontiers ancrées dans des
« lieux de mémoire » – tout à la fois objets, concepts et institutions – qui permettent de repérer le jeu des acteurs et de faire émerger le mille-feuille diachronique et synchronique des discours mémoriels.

Calendrier 2020-2021

Le vakif  : un outil patrimonial ?
19/11/2020, 14h-16h30, en visio Zoom.

Introduction & présentation du programme thématique par les organisatrices.

Randi Deguilhem (TELEMMe), « La politique des Tanzimât envers les structures religieuses soutenues par les waqf : une politique patrimoniale ? »

Julien Boucly (Sciences Po Toulouse, CETOBaC), « La Direction des Fondations Pieuses (Vakıflar Müdürlüğü), institution du patrimoine national en Turquie »

Voir ou revoir la séance sur la chaîne YouTube de l'IREMAM

Les espaces de référence pour penser les mémoires ottomanes
10/12/2020, 14h-16h30, en visio Zoom.

Cyril Isnart (IDEMEC) : « Désorienter le patrimoine en Méditerranée ? »

Juliette Dumas (IREMAM) et Lydia Zeghmar (IDEMEC), « ‘‘Orient’’, ‘‘Méditerranée’’ et ‘‘anatolisme’’ : le poids des géographies imaginaires dans le développement du tourisme en terres ottomanes et turques »

Mémoires et patrimoines chrétiens en Turquie
21/01/2021, 14h-16h30, en visio Zoom.

Armand Aupiais (URMIS & OII & Galatasaray), « Où que tu regardes, tu vois des églises ! A propos de quelques perspectives born-again sur le patrimoine chrétien de Turquie »

Vanessa de Obaldia (TELEMMe), « Le vakıf comme outil de patrimoine pour les minorités dans la Turquie contemporaine »

Usages et pratiques des lieux saints : dénis de mémoire
11/02/2021, 14h-16h30, (heure de Paris, 16h-18h30, heure d’Istanbul), en visio Zoom.

Benoît Fliche (IDEMEC), « Les graffitis du désir : Eyüp et le trou de l’Autre »

Norig Neveu (IREMAM), « Mémoire de la sainteté ottomane dans le Sud de la Jordanie : patrimoine discuté, récits
partagés »

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Patrimoine(s) à l’épreuve.
18/03/2021, 14h-16h30, (heure de Paris, 16h-18h30, heure d’Istanbul), en visio Zoom.

Laurent Dissard (UPPA), « Un passé submergé : mémoires (post-)ottomanes kurdes et arméniennes le long de l’Euphrate »

Mehmet Tayfur (AMUP), « La diversité des acteurs et ses effets sur le processus de patrimonialisation à Diyarbakır (de 2000 à nos jours) »

Voir ou revoir la séance sur la chaîne YouTube de l'IREMAM

Arts, artisanats et restaurations : l’invocation des identités turques, arabes, ottomanes…
08/04/2021, 14h-16h30, (heure de Paris, 16h-18h30, heure d’Istanbul), en visio Zoom.

Maxime Durocher (Sorbonne Université & Orient et Méditerranée), « Entretien, oubli et recréation d’une mémoire ottomane : l’exemple des zaviyes et tekkes d’époque médiévale et les enjeux de leur conservation du XIXe au XXIe siècle »

Véronique François (LA3M), « Identité et pratiques ‘‘ottomanes’’ à travers les objets du quotidien en Méditerranée »

Archéologie, impérialismes occidentaux et institutions patrimoniales
20/05/2021, 14h-16h30 (Heure de Paris) (15h-17h30 Heure d’Istanbul), en visio Zoom.

Mercedes Volait (InVisu), « Héritages dissonants ? De quelques malentendus à propos de l’architecture coloniale, la peinture orientaliste et les objets composites dans l’Egypte d’aujourd’hui. »

Gilles Bonnaud (Aix-Marseille Université), « Les représentations du Saint-Sépulcre aux 17e et 18e siècles : une iconographie paradoxale. »