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Soutenance de thèse (ED 355)

par Marie-Pierre Oulié

ED 355 : ESPACES, CULTURES, SOCIETES - Aix-Marseille
Spécialité : mondes arabes, musulman et sémitique

de Hawa ABDILLAHI FARAH

-  Vendredi 23 octobre 2020, 14h, MMSH, salle Duby, Aix-en-Provence

« Étude linguistique et sociolinguistique de la variété du somali parlée par les jeunes Djiboutiens »

Sous la direction de Catherine Miller.

Jury

Catherine MILLER, Directrice de recherche, IREMAM UMR 7310, Aix-Marseille Université, Directrice de thèse.
Abdirachid MOHAMED ISMAIL, Maître de conférences, Université de Djibouti, Co-Directeur de thèse.
Mauro TOSCO, Professeur des Universités, University of Turin, African Linguistics, (L-OR/09 (Langues de l’Afrique), Dept. of Humanities (StudiUm), Rapporteur.
Giorgio BANTI, Professeur des Universités, Université de Naples L’Orientale, Rapporteur.
Sylvie WHARTON, Directrice de recherche, Département Sciences du langage, UFR ALL-SHS, Laboratoire Paroles et Language, Examinatrice.
Nicola LAMPITELLI, Maître de conférences, Université François Rabelais, Laboratoire Ligérien de Linguistique, Examinateur.

Résumé la thèse en français

English version below

Cette thèse a pour ambition d’apporter une contribution à l’étude du somali, en s’intéressant à une variété qui n’a pratiquement jamais été étudié jusqu’à ce jour, à savoir le somali parlé à Djibouti, et notamment la variété parlée par les jeunes Djiboutiens scolarisés en contact étroit avec le français.
De création récente, Djibouti est un pays pluriethnique et plurilingue, caractérisé, comme de nombreux pays dans le monde, par la cohabitation de diverses communautés ethnolinguistiques. Parmi les langues en présence, on relève l’afar, le somali, l’arabe, langues reliées génétiquement au phylum afro-asiatique parlées par les principales communautés « autochtones » de Djibouti. Le français, langue indo-européenne, apportée par la colonisation est la première langue officielle du pays (à côté de l’arabe), utilisée comme principale langue de l’administration, de l’enseignement et des médias et également comme langue véhiculaire entre les différentes communautés européennes ou autochtones. Il faut ajouter à ce tableau la présence de langues étrangères au pays comme l’anglais et celles parlées dans les pays voisins tels que l’oromo, ou l’amharique.
Le somali, langue afro-asiatique, appartient au couchitique oriental des plaines, issu de sa sous-branche Omo-Tana, parlée dans les pays de la Corne de l’Afrique (Djibouti, Éthiopie, Kenya, et Somalie). Dans ces quatre pays, elle est la langue maternelle d’environ 14 millions de locuteurs (Banti 2011). Le somali a été standardisé en 1972 et est la langue officielle de la Somalie. A Djibouti, le somali qui a un statut de langue nationale depuis le 10 juillet 2000 n’est pas enseigné et fonctionne comme langue maternelle et également comme langue véhiculaire inter-ethnique plus particulièrement dans la capitale. Il est parlé par environ 60 % de la population, selon l’estimation de l’université de Laval. La pratique du somali à Djibouti se fait donc dans un contexte très différent de celui de la Somalie : sans contact régulier avec la variété standard et dans un rapport de contact étroit avec le français, en particulier pour les populations scolarisées.
Le terme somali recouvre plusieurs réalités, telles que l’observe Morin (1986 : 58), à savoir une dimension anthropologique, une dimension linguistique, et une dimension politique. La dimension linguistique a été sujette à débat car tous les auteurs ne s’accordent pas sur la délimitation et la définition des dialectes somalis (voir Banti 1985, Lamberti 1986 et Diriye 2002 versus Ehret & Nuuh 1984 ; Biber 1984, Ismail 2011).
Cette thèse présente dans un premier temps l’histoire de Djibouti à partir de la conquête française, la constitution administrative du territoire, la répartition de la population en fonction des principales communautés ethno-linguistiques et la situation sociolinguistique du pays. Elle entreprend ensuite la description du somali parlé à Djibouti en prenant en considération plusieurs aspects : le statut et place du somali, les représentations et discours épilinguistiques tenus à l’égard de ce parler, les principales caractéristiques du somali parlé à Djibouti en s’intéressant aux phénomènes de variation et à l’écart entre le parler djiboutien et le somali du nord. Cet écart est étudié au niveau phonétique/phonologique, morphologique et syntaxique ; il se traduit par des processus de régulation morpho-phonologiques. Au niveau syntaxique, la thèse décrit sur le plan linguistique et sociolinguistique l’usage extrêmement fréquent du code-switching somali-français chez les jeunes scolarisés. Elle analyse les modalités d’insertion entre les deux langues et les fonctions communicationnelles du code-switching français-somali. En s’intéressant au contact de langue et à la variation dialectale dans un pays plurilingue, cette recherche apporte de nouveaux matériaux dans le domaine de la linguistique somalie et de la linguistique de contact.

The aim of this thesis is to make a contribution to the study of Somali, focusing on a variety that has never been studied to date, namely the Somali spoken in Djibouti, and in particular the variety spoken by young Djiboutian school children in close contact with the French language.
Recently created, Djibouti is a multi-ethnic and multilingual country, characterized, like many countries in the world, by the coexistence of various ethno-linguistic communities. Among the languages spoken are Afar, Somali and Arabic, which are genetically related to the Afro-Asian phylum and are spoken by Djibouti’s main "indigenous" communities. French, an Indo-European language brought by colonization, is the country’s first official language (alongside Arabic), used as the main language of administration, education and the media and also as lingua franca between the various European or indigenous communities. To this should be added the presence of foreign languages in the country such as English and those spoken in neighbouring countries such as Oromo or Amharic.
Somali is an Afro-Asian language, belongs to the eastern couchitique of the plains, from its Omo-Tana sub-branch, spoken in the countries of the Horn of Africa (Djibouti, Ethiopia, Kenya, and Somalia). In these four countries, it is the mother tongue of about 14 million speakers (Banti, 2011). Somali was standardized in 1972 and is the official language of Somalia. In Djibouti, Somali, which has had national language status since 10 July 2000, is not taught and functions as a mother tongue and also as an inter-ethnic lingua franca in the capital. It is spoken by about 60% of the population, according to an estimate by the University of Laval. The practice of Somali in Djibouti is therefore carried out in a very different context from that of Somalia : without regular contact with the standard variety and in close contact with French, especially for the school-going population.
The term Somali covers several realities, as Morin (1986 : 58) observes, namely an anthropological dimension, a linguistic dimension, and a political dimension. The linguistic dimension has been subject to debate as not all authors agree on the delimitation and definition of Somali dialects (voir Diriye 2002, Banti 1985, Lamberti 1986 versus Ehret & Nuuh, 1984 ; Biber 1984, Ismail, 2011).
This thesis first presents the history of Djibouti from the time of the French conquest, the administrative constitution of the territory, the distribution of the population according to the main ethno-linguistic communities and the sociolinguistic situation of the country. It thendescribes the Somali spoken in Djibouti, taking into consideration several appearance : the status and place of the Somali, the representations and epilinguistic discourse on the Somali language, and the main characteristics of the Somali spoken in Djibouti, focusing on the phenomena of variation and the gap between the Djiboutian language and the Somali of the north. This gap is studied at the phonetic/phonological, morphological and syntactic levels ; it results in morpho-phonological regulation processes. At the syntactic level, the thesis describes, at the linguistic and sociolinguistic level, the extremely frequent use of Somali-French code-switching among young people in school. It analyses the modalities of insertion between the two languages and the communicative functions of French-Somali code-switching. By looking at language contact and dialectal variation in a multilingual country, this research provides new material in the field of Somali linguistics and contact linguistics.

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