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Séminaire de recherche Spatialités et temporalités palestiniennes (2018-2019)

Spatialités et temporalités palestiniennes


Responsables : Julien Loiseau, Cédric Parizot et Sbeih Sbeih

Ce séminaire interrogera les modalités de construction de la Palestine comme objet d’étude et leurs effets sur la structuration du champ de la recherche.

Cette démarche est nécessaire dans un contexte où le conflit israélo-palestinien continue de structurer fortement les cadres à travers lesquels nous pensons, nous analysons et nous représentons la Palestine. En confrontant des travaux récents d’historiens, d’anthropologues, de politistes, de sociologues, de géographes ou de littéraires nous fixons deux objectifs principaux. D’une part, il s’agira de mettre en évidence les multiples constructions spatiales et temporelles auxquelles renvoie la Palestine et les dépayser. D’autre part, nous nous efforcerons de développer une réflexion critique sur nos propres approches, méthodes et objets de recherche.


Calendrier des séances 2018-2019

- 20 novembre, 10h30-12h30, MMSH, salle André Raymond
Sbeih Sbeih (Aix-Marseille Univ, CNRS, IREMAM, LabexMed)
Le temps du développement en Palestine : rationalisation économique dans un espace confisqué

- 18 décembre, 10h30-12h30, MMSH, salle André Raymond
Béatrice Bottomley, Master du Département d’études moyen-orientales (DEMO), Aix-Marseille Université
Le texte littéraire comme rhizome spatio-temporel
« La construction du temps et de l’espace dans ‘An al-bilād wa-l-fanādiq’, (Sur le pays et les hôtels), de Raji Bathish »

‘An al-bilād wa-l-fanādiq’ (Sur les pays et les hôtels) est un recueil de nouvelles de l’écrivain palestinien contemporain Raji Bathish, édité en 2006. J’aborde la déconstruction du temps chronologique qu’il opère au travers de cette collection de nouvelles et à l’intérieur même de chaque nouvelle. Partant des temporalités vécues que décrit l’auteur d’An al-bilād wa-l-fanādiq je m’interroge sur leur enchevêtrement et sur leur dimension hétérotopique. A partir de cette analyse, je développe une réflexion autour du caractère rhizomique de l’espace-temps d’‘An al-bilād wa-l-fanādiq et sa capacité à contester les constructions de l’espace et du temps portées par les récits hégémoniques dans les espaces israélo-palestiniens.

- 15 janvier, 10h30-12h30, MMSH, salle André Raymond
Cédric Parizot, anthropologue, IREMAM, CNRS/Aix Marseille Université
Penser l’espace : territoire, réseau, maille

« A partir de mes enquêtes ethnographiques et d’une revue de la littérature existante, je mettrai en perspective trois types d’approches pour penser les espaces israélo-palestiniens. Tout d’abord, les analyses issues de l’imaginaire territorial et national ; je présenterai ensuite les analyses inspirées du modèle visuel du réseau, et enfin celles qui reprennent à leur compte l’image de la maille. Je montrerai ainsi combien chacune d’entre elles organise l’expérience et les questionnements des chercheurs et de nombreux autres observateurs autour de l’articulation des espaces israélo-palestiniens et les inscrivent dans des conceptions politiques particulières de ces espaces et de ces populations. »

- 19 février, 10h30-12h30, MMSH, salle André Raymond
Taher Labadi (Aix-Marseille Univ, CNRS, IREMAM/LEST, LabexMed)
L’économie palestinienne, de quoi parle-t-on (encore) ?

« De quoi parlons-nous quand nous disons « économie palestinienne » ? Pour répondre à cette question, je suggère de rompre avec un certain discours, voire même avec une certaine approche de l’économie palestinienne qui considère celle-ci sous la forme d’un univers formel et procédural, disposant d’un certain nombre de ressources et prisonnier d’un ensemble de contraintes. Je m’intéresse tout particulièrement au double mouvement de dislocation et de confinement du fait économique palestinien qui accompagne l’établissement de cantons palestiniens jouissant d’une autonomie politique limitée. L’AP est, au même moment, exhortée par ses bailleurs de fonds internationaux à poursuivre toujours plus loin les réformes visant à « assainir » ses institutions et à établir une économie de marché dans les TPO. Des prescriptions qui trouvent un écho favorable auprès d’une certaine élite palestinienne comme l’atteste l’effort soutenu de libéralisation économique conduit par les gouvernements palestiniens successifs depuis une dizaine d’années. »

- 19 mars, 10h30-12h30, MMSH, salle André Raymond
Julien Loiseau (Aix-Marseille Univ, CNRS, IREMAM)
La Palestine a-t-elle un Moyen Âge ?

« La Palestine est-elle née (en tant que réalité unifiée, catégorie géo-historique et champ de recherche) en 1948 ? Ou pour le dire de manière moins abrupte, les réalités palestiniennes contemporaines peuvent-elles être inscrites par les acteurs et les chercheurs dans une histoire longue sans perdre leur cohérence ? La place centrale donnée à al-Aqsa dans l’identité palestinienne, ou l’affirmation selon laquelle la Palestine est un waqf depuis l’avènement de l’islam, montrent bien comment l’histoire longue est aujourd’hui convoquée dans les représentations spatiales et temporelles de la Palestine.
On tentera de répondre à ces questions, et par là-même de dépayser la Palestine comme catégorie géo-historique, en replaçant celle-ci dans la longue durée du millénaire médiéval. La Palestine a-t-elle un Moyen Âge comme elle pourrait avoir aussi une Antiquité ou une Modernité ? Tout en maniant avec la prudence requise un chrononyme forgé pour qualifier une période de l’histoire de l’Europe occidentale, on interrogera dans le temps long de l’histoire du Proche-Orient médiéval les moments au cours desquelles la cohérence géo-historique de la Palestine s’est affirmée ou s’est à l’inverse diluée dans d’autres configurations spatiales et temporelles. »

-  23 avril 2019, 10h30-12h30, MMSH, salle André Raymond
Sadia Agsous, post-doctorante en langues et littératures comparées, Fondation pour la mémoire de la Shoah, Centre de recherche français à Jérusalem
La littérature palestinienne en Israël

Rashed Hussein : « L’amour et le Ghetto » (الحب ….والجيتو). Yaffa-Yafo, une rencontre spatio-temporelle entre Shoah et Nakba.

La littérature palestinienne en Israël est une littérature de l’espace et du temps qui traduit une identité palestinienne en relation étroite avec la Nakba de 1948, une catastrophe qu’Anton Shammas nomme Sanat al-Ihtilal (l’année de l’occupation). Ses problématiques convoquent à la fois le temps hégémonique (juif-israélien) et l’espace minoritaire (palestinien) pour l’engager dans la notion « nomade » deleuzienne et l’enraciner comme une littérature de résistance marquée par un exil métaphorique. Il s’agit dans notre présentation de lire et d’analyser le poème « L’amour et le Ghetto » (الحب ….والجيتو) écrit en 1963 par Rashed Hussein dans lequel le poète évoque les ruines de Yaffa, la ville palestinienne tout en dialoguant avec « Yaffo », une jeune femme juive, survivante de la Shoah. Il s’agit ici de souligner cet espace littéraire palestinien qui a permis de convoquer à la fois la Shoah et la Nakba pour un entrecroisement mémoriel entre Juifs et Palestiniens que seule la littérature permet et admet à l’heure actuelle, sans pour autant provoquer une concurrence entre ces dernières. Par ailleurs, cet entrecroisement Shoah-Nakba, propre à la littérature palestinienne, met en lumière un espace de mémoire, celui de Yaffa, Jérusalem, Deir Yacine, Haïfa, Lydda qui est porté par des auteurs tels qu’Émile Habibi, Mahmoud Darwich, Ibtissem Azem, Rabai al-Madhoun ou Rashed Hussein. Nous soulignerons, par notre lecture de « L’amour et le Ghetto » l’espace et le temps du poème d’une part,. D’autre part, nous mettrons en exergue ce processus particulier d’appropriation de la Shoah par le poète Palestinien qui traduit une double perspective : atteindre à la fois le lecteur arabe et israélien et valider les arguments d’Amos Goldberg lorsqu’il suggère que la rencontre de ces deux traumas encourage « une pensée binationale » (Goldberg, 2015). Ainsi, le poème de Hussein et la littérature palestinienne en Israël nous permet de faire rencontrer deux espaces, deux traumas, deux temporalités pour narrer la destruction de Yaffa la palestinienne tout en suggérant la possibilité d’une vie commune. »

Sadia Agsous est post-doctorante au Centre de recherche français à Jérusalem (CRFJ) avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah pour son projet "La shoah dans le roman arabe". Ses recherches portent sur la production culturelle (arabe-hébreu) des Palestiniens en Israël (littérature, cinéma et médias) et sur les traducteurs palestiniens de la littérature hébraïque. La publication de son ouvrage La littérature palestinienne en hébreu (1966 – 2018) : l’histoire d’une reconstruction Culturelle minoritaire palestinienne en Israël (sous contrat avec Classiques Garnier) est prévue pour 2019.

-  21 mai 2019, 10h30-12h30, MMSH, salle Duby
Musa Sroor, historien, Université de Birzeit
« La Palestine, une question ? Retour sur les écrits des ulémas du Proche-Orient au début du XXe siècle »

L’objectif de cette étude est de mettre en exergue le regard et le positionnement des savants religieux musulmans (les ulémas) du Proche-Orient au début du XXe siècle vis-à-vis de la question de la Palestine et de sa place dans l’historiographie de la région. Cette recherche permettra également de faire la lumière sur les attitudes de ces mêmes ulémas face à différentes mutations qu’a connue la Palestine durant cette période. À titre d’exemple, nous étudions, à l’égard de la perspective des ulémas proche-orientaux, le changement du statut de la Palestine qui se transforme d’une province de l’Empire ottoman à une région sous occupation britannique dans l’attente de l’application du projet sioniste et de la création d’un État pour les juifs.
L’hypothèse de cette étude part du principe que la question palestinienne n’avait alors nullement suscité l’intérêt de ces ulémas. Cette indifférence peut s’expliquer non seulement par le silence des ulémas à l’égard de la situation en Palestine mais aussi par leur consentement à abandonner la Palestine aux mains des sionistes.

- 28 mai 2019, 10h30-12h30, MMSH, salle André Raymond
Kirsten Scheid, Department of Sociology, Anthropology and Media Studies, American University of Beirut
Curating ‘Jerusalem Actual and Possible’ : The Political Lessons from non-Euclidean City

Studying imagination shifts attention to the emergent and yet-possible. In 2018, I co-curated an exhibition that invited Jerusalem audiences to reimagine the city’s “possible” existence by building on ludic spatial-temporal moves that have distilled in contemporary Palestinian art. This paper explores the lessons artistic imaginings of a possible Jerusalem, one not confined to space-time coordinates we use to understand realpolitik, offer the exhibition’s participants and audiences. Following Gell’s call to study art “as a system of action,” I examine the actions that composed this exhibition. I focus on the process architect-artists and research assistants undertook to arrive at a sculptural installation that at once scrutinized, connected, and refashioned Jerusalem for makers and viewers. I argue that the exhibition provided a “critical space,” in reference to Mittermaier’s (2011) study of dreams and imagination, i.e. a semi-physical, sensorially alter-space where actors could analyze the bundling of their lives into incomplete concepts, such as “Palestinian” or “Israeli Arab,” or artificially exclusive ideologies, such as “binationalist coexistence” or “nationalist resistance.”