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Soutenance de thèse (ED 355)

par Marie-Pierre Oulié

ED 355 : ESPACES, CULTURES, SOCIETES - Aix-Marseille
Spécialité : mondes arabes, musulman et sémitique

de Jacopo FALCHETTA

- Vendredi 22 novembre 2019, 9h30, MMSH, salle Duby, Aix-en-Provence

« Les connotations sociales de la variation linguistique en contexte urbain marocain : le cas de la ville de Témara »

Sous la direction de Catherine Miller

Jury

Directrice de thèse : Catherine Miller, Directrice de recherche (IREMAM, CNRS)
Co directeur de thèse : Saïd Bennis, Professeur de l’enseignement supérieur (Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Mohamed V de Rabat, Maroc)
Examinateur : Manuel Sartori, Professeur des Universités (Aix-Marseille Université, CNRS, IEP, IREMAM)
Rapporteur : Ángeles Vicente, Profesora titular (Facultad de Filosofía y Letras, Universidad de Zaragoza, Saragosse, Espagne)
Rapporteur : Atiqa Hachimi, Associate Profesor (Department of Linguistics, University of Toronto, Canada)
Examinateur : Cyril Trimaille, Maître de Conférences (Univ. Grenoble Alpes, UFR LLASIC, Laboratoire Lidilem)

Résumé :
Basée sur une étude de terrain effectuée entre septembre 2015 et mars 2018, cette thèse examine les pratiques langagières de locuteurs d’arabe dialectal dans la ville de Témara, au Maroc, et essaie de déceler, à travers ces pratiques, les connotations sociales qu’ils attribuent à la variation linguistique. A cette fin, elle présente une analyse des choix qu’ils effectuent entre des traits linguistiques en variation, et formule des hypothèses sur les facteurs motivant ces choix.

Ce travail relève de l’intérêt que suscitent les dynamiques sociolinguistiques concernant l’arabe marocain parlé, et en particulier le brassage linguistique qui a eu (et a toujours) lieu dans les villes de la côte atlantique centrale suite à des flux migratoires très importants provenant d’autres régions du pays, qui ont profondément modifié le profil social et démographique de ces villes. Jadis territoire rural faisant partie de la commune de Rabat, Témara a également connu une croissance démographique exceptionnelle dans les 50 dernières années, jusqu’à acquérir le statut de commune urbaine en 1983. Son caractère de ville de formation récente et son histoire d’urbanisation spécifique invitent à s’interroger sur les résultats du contact dialectal que l’on peut retrouver dans un tel contexte social et humain. Pour cette raison, trois variables linguistiques représentant trois niveaux linguistiques distincts (phonologique, phonétique et lexical) ont été choisies pour une analyse approfondie de la variation dans l’usage qu’en font les locuteurs, ainsi que des valeurs dont ces variables sont indexicalisées, et qui semblent sous-tendre cet usage.

Outre l’analyse à proprement parler, cette thèse inclut une revue de la littérature concernant les disciplines dont relève ce travail, à savoir la sociolinguistique générale et urbaine, la sociolinguistique de l’arabe et la dialectologie marocaine. Ensuite, elle présente les résultats d’un travail historiographique, fait à partir de la consultation de travaux concernant la géographie rurale et l’aménagement urbain de Témara ainsi que de témoignages directs recueillis sur le terrain, qui vise à renconstruire les phases du développement urbanistique et les dynamiques migratoires et socio-démographiques ayant accompagné l’évolution de Témara de petite communauté rurale à centre urbain. Finalement, la méthodologie adoptée dans la récolte et l’analyse des données est illustrée et justifiée.

L’objectif de cette thèse est celui d’apporter une nouvelle contribution aux travaux de sociolinguistique dans le monde arabophone en général, et au Maroc en particulier, ainsi que de mettre à l’épreuve les théories et les concepts élaborés dans la sociolinguistique occidentale, en vérifiant lesquels parmi eux peuvent être appliqués – et dans quelle mesure – aux contextes linguistiques et culturels arabophone et marocain. Pour ce faire, plusieurs facteurs ont été pris en considération au cours de l’analyse, de caractéristiques socio-démographiques “classiques” comme l’âge et le niveau d’instruction (comme dans les travaux de et reprenant W. Labov, P. Trudgill, etc.) à des éléments liés à l’analyse du discours comme la structuration de l’information et la prosodie (suivant le travail eg. de Gumperz parmi autres), jusqu’aux concepts théoriques plus récents élaborés dans le cadre de la sociolinguistique anthropologique, (eg. A. Agha et M. Silverstein). Un autre atout fondamental de ce travail est représenté par le contact direct et prolongé qui a été maintenu entre l’auteur et les informateurs, et qui a permis à la fois d’observer de près les pratiques langagières de ceux-ci, d’avoir accès à une plus grande variété de situations communicationnelles – surtout pour ce qui concerne les jeunes locuteurs – et, en définitive, d’aller au delà de la donnée brute pour essayer de comprendre pourquoi les locuteurs effectuent certains choix à partir d’une grande variété de ressources linguistiques à disposition dans leurs répertoires.

A retrouver sur le site de l’ED 355