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Accueil > Séminaires de Master et de recherche > Les séminaires d’enseignement du Master MAMHS (AMU/DEMO) (M2 recherche) 2017-2018

ISL S7 Séminaire de master « Le Fait turc aujourd’hui : le centralisme étatique à l’épreuve de ses périphéries »

Séminaire de Master 2017-2018 : AMU, IREMAM, DEMO ISL S7, IEP

Responsable : Gérard Groc (Iremam)

Séances à la MMSH, Salle 102, les mercredis de 10h30 à 12h30, sauf exceptions.

« Le Fait turc aujourd’hui : le centralisme étatique à l’épreuve de ses périphéries »

La situation politique de la Turquie semble de plus en plus limpide. Il y a les bons et il y a les méchants ! Les premiers sont heureux, prospères et bien-votants ; ils sont citoyens à part entière, fiers et unis de leur identité. Et les méchants, Allah şükür, sont en prison ou en passe d’y être conduits. Leurs menées sont désormais révélées au grand jour ; elles procèdent d’ailleurs toutes d’une même modalité, celle du terrorisme, quelles que soit leur étiquette idéologique, kurdiste, islamiste, anarchiste ou simplement contestataires. Quant à ceux qui leur manifestent une quelconque empathie (intellectuels, universitaires, libéraux ou jeunes pris dans les mirages de l’Occident… et de la drogue), ils doivent finir par comprendre que le gouvernement actuel est l’élu légitime du peuple, qu’il en représente indéniablement les aspirations majoritaires et que s’ingénier à ignorer cet état de fait revient tout bonnement à s’auto-disqualifier car rejeter une application si évidente de la démocratie représentative ne peut que devenir fatalement attentatoire.

Cette argumentation répétée à l’envi projette un espace politique légal de plus en plus exclusif, intitulé "Nouvelle Turquie", regroupé à l’ombre d’un chef autour duquel, cohérence décisionnelle oblige, tout doit venir s’ordonner. Par efficacité et par octroi référendaire récent –l’approbation des dispositifs constitutionnels par le referendum du 16 avril 2017-, le gouvernement articule désormais autour de sa personne et de sa représentativité, les pouvoirs exécutif et législatif et nomme le pouvoir judiciaire dans ses instances supérieures. De plus, le président de la république dispose d’un arbitrage fondamentalement partisan puisque, constitutionnellement autorisé à redevenir l’autorité supérieure de son parti politique d’origine, il peut mobiliser au service de sa fonction exécutive, un appareil dont l’activisme réticulaire touche jusqu’aux terminaisons les plus localistes de la vie politique, là où l’Etat ne pénètre pas toujours. Une camisole enserre présentement toute l’activité politique et lui impose les critères d’une monopolisation de plus en plus binaire, élaborée à l’aune de la personnification d’un leadership, celui de l’Homme de la Nation (Millet Adamı), présenté comme l’incarnation émanant organiquement du peuple et en phase fusionnelle avec lui, détenteur désormais d’une gouvernance directe qui fait fi de tous les détours, intermédiations et contre-pouvoirs qui mineraient une efficacité politique en prise directe sur la volonté populaire et intégralement consacrée au bien de la Nation. La raison présidentielle, relayée par la raison partisane s’impose peu à peu comme raison d’Etat.

Pourtant, on constate que l’espace de ce pouvoir se rétrécit progressivement sur lui-même. D’abord, au choix de ses titulaires, regroupés autour de cercles de plus en plus restreints, familiaux, partisans, affairistes, et qui remplace peu à peu les compagnons d’armes de stature nationale reconnue, au profit de jeunes courtisans, louangeurs et empressés. Un pouvoir qui ne décline plus qu’une rhétorique de plus en plus standardisée de l’omnipotence du leader, mais l’argumente par une diatribe volontiers abrasive, interpellant bruyamment ses détracteurs, leur demandant incessamment des comptes, livrant les dissidents à une vindicte publique immédiatement amplifiée par des médias à la botte (on ne compte plus que 3 journaux d’opposition sur 45, cf. Ragip Duran). C’est un cercle qui justifie sa rétractation par les figures du complotisme (terrorisme, coups d’Etat, attentats), de la victimisation, dénonçant sans discontinuer la malveillance externe et interne qui accable, jalouse le modèle de la réussite nationale. Il apparaît de plus en plus comme un régime enivré de sa propre agressivité, nourrissant une situation de tension volontaire, exacerbant la polarisation de la vie publique à laquelle rien ni quiconque ne semble plus pouvoir résister, et surtout qui ne laisse plus de place à aucune position intermédiaire autre que le pour ou le contre : toute neutralité y devient suspicion, toute divergence une menace explicite.

C’est aussi un régime qui, après s’en être défié tant qu’elle ne lui appartenait pas, s’est progressivement approprié la puissance coercitive de l’Etat et cherche aujourd’hui, à coup de réaménagements institutionnels et de mobilisation ininterrompue, à en pousser les prérogatives jusque dans les séquences les plus reculées du contrôle politique - sphère individuelle comprise, interpellée pour sa part par le biais de la moralité.

Face à cette tendance forte vers une asepsie de la vie politique et de la vie publique qui fait un usage constant de la distinction entre "nous et les autres" nous nous proposons de mesurer le rapport de cet espace qui se prétend assiégé avec ce qui ne procède pas de lui, en diffère volontairement ou non, exprime sa différence voire sa divergence, et qui, de ce fait, ne peut que lui rester extérieur, perçu comme perturbateur et désintégrateur. La Turquie est un poids lourd démographique dont la pluralité est immense, sur de nombreux registres, anthropologique, ethnique, linguistique, confessionnel, sans compter les particularismes hérités des nombreuses migrations successives, sans compter les oppositions socio-économiques, idéologiques issues de son développement matériel et spirituel. Une périphérie entendue au sens large, parcourue de dynamiques diverses et cumulatives, qu’elle soit altérité ou dissidence, qu’elle relève d’une différenciation socio-culturelle ou générationnelle ou qu’elle soit plus concrètement le produit d’une situation externe, celle d’un environnement géopolitique conflictuel (entre autres, le cas de la Syrie) ou de configurations diplomatiques nouvelles et mouvantes.

Calendrier 2017-2018

Sauf exceptions, Mercredi 10h30-12h30, MMSH, Salle 102

Mercredi 27 septembre 2017
« Démocratie, démocrature, autocratie », Gérard Groc (Iremam).

Mercredi 11 octobre 2017
« Les Alaouites nusayris de Turquie, dans les relations turco-syriennes », Aghiad Ganem (Etudiant-chercheur).

Mercredi 25 octobre 2017
« La gestion de la frontière syrienne par l’Etat turc depuis 2011 », Elen Le Chêne (Doctorante, IEP Aix).

Mercredi 15 novembre 2017
« La parentèle turque en Turquie et en diaspora », Stéphane de Tapia (U. Strasbourg).

Mercredi 22 novembre 2017
« Le pouvoir d’Etat et le processus de préadhésion de la Turquie à l’Europe », Claire Visier (Sciences PO, U Rennes).

Mercredi 13 décembre 2017
« La galaxie PKK, un acteur multicarte au Proche-Orient », Aydin Baran (Journaliste indépendant).

Mercredi 17 janvier 2018
« La crise du Qatar : l’échec du bloc sunnite ? », Esra Serim (Doctorante, IEP Aix).

Mercredi 31 janvier 2018
« L’Erdoganisme dans une perspective ottomano-turque », Hamit Bozarslan (EHESS, Paris).

Mercredi 14 février 2018
« La Fondation Hrant Dink, une « arménité » au-delà du génocide : regards d’un amateur », Gérard Groc (Iremam).

Mercredi 14 mars 2018 Séance à l’IEP d’Aix
« La Question kurde, de la Turquie à l’Allemagne » - Séance franco-allemande IEP
Rainer Gregarek (IEP), Gérard Groc (IREMAM).

Mars-Avril 2018 (date précisée ultérieurement)
« Littérature et liberté des expressions contemporaines », Timour Muhidine (INALCO, Paris).