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Accueil > Séminaires de Master et de recherche > Les séminaires d’enseignement du Master MAMHS (AMU/DEMO) (M2 recherche) 2016-2017

Séminaire de master : « Le Fait turc aujourd’hui, la lutte des pouvoirs »

Séminaire de Master 2016 – 2017 : AMU, IREMAM, DEMO ISL S7, IEP

Responsable : Gérard Groc (Iremam)

Séances à la MMSH, Salle 102, les mercredis de 10h à 12h30, sauf exceptions.

L’événementiel prime aujourd’hui dans l’actualité de la Turquie, un événementiel acrimonieux, chaotique, contradictoire, fait de l’exacerbation des clivages, des oppositions, fait d’une surenchère de violences appelant des contre-violences qui impliquent autant le pouvoir en place que ses opposants, dans une tournure qui s’apparente de plus en plus à une guerre civile. Les expressions politiques sont virulentes, on remanie, on réaménage, on diabolise et on conspue, provoquant des retours de flammes, des situations de panique comme semble l’être la dernière tentative de coup d’Etat militaire du 15 juillet dernier, mal ficelée, hâtivement réalisée, déclenchant son rejet par une population civile descendue dans les rues au nom de la démocratie concomitante à une chasse aux sorcières démesurée dans son ampleur et l’éventail des gens qu’elle stigmatise.

C’est une actualité qui est, de plus, confisquée par un vainqueur absolu, passé encore mieux maître de tous les rouages politiques, désormais muni d’un discours bétonné, aux dénonciations univoques, aux vérités tonitruantes et irrémédiables, qu’aucun autre interlocuteur n’a le pouvoir de contrer ou de mettre en doute, tant les circuits de la communication et ceux de la répression, pris en main par ses équipes, sont congruents et brassent large. L’horizon politique en est confus voire indéchiffrable, même si le discours actuel insiste beaucoup sur l’avènement d’une « nouvelle Turquie » repensée et réédifiée. Et dans l’urgence ou la crainte, les acteurs se positionnent sur l’instant, inquiets d’une suite des événements dont on sait peu de choses si ce n’est que, sous la forme encore imprécise d’une échéance électorale (referendum ou élections législatives anticipées), la perspective ouvre très vraisemblablement sur le renforcement d’une personnalisation du pouvoir exécutif et l’instauration d’un circuit court de légitimité entre le peuple et un chef qu’il se reconnaîtrait et à qui il confierait directement les soins de son bien-être et de sa sauvegarde. Les prolégomènes de cette consécration semblent déjà avoir été posés lors de célébrations diverses où l’évocation des martyrs tombés pour la défense de l’ordre civil et l’appel à un grand rassemblement de solidarité nationale (le 7 août à Istanbul) impriment dans les esprits l’échéance d’une ère nouvelle.

A court terme, une des clefs explicatives est sans doute le récent aller-retour électoral de 2015 qui, en juin, a vu la première déroute de l’AKP lors d’un scrutin législatif et l’émergence d’une opposition qui acquérait les moyens légaux de se structurer. Mais ce scrutin qui enregistrait ainsi la première défaite d’un leader politique jusque-là incontesté, en place depuis 13 ans, fut promptement inversé par un nouvel appel aux urnes par lequel l’AKP, retournant en 4 mois 10% des scores, récupéra en novembre suivant sa majorité absolue au Parlement. Ce fut néanmoins au prix du déclenchement d’une quasi-guerre civile menée contre le PKK puis plus largement contre toute contestation, même civile, manifestée dans des villes kurdes dont certaines furent bientôt transformées en bastions assiégés par des milices spéciales (Özel Timler), provoquant en retour des appels aux armes dispersés mais plus fréquents. Si la polarisation politique est une critique adressée depuis quelques années au mode politique de l’AKP et de son chef, elle a atteint depuis ce temps de 2015 une exacerbation meurtrière inédite, et le dernier coup d’Etat avorté attise encore plus l’atmosphère d’ultimatum qu’entretient le pouvoir en place depuis quelques temps, menaçant de chaos irréversible tout changement du personnel politique.

Au-delà des conditions récentes de son maintien au pouvoir, d’une manière générale, nous inclinons à penser que l’AKP gère sa présence, et une grande part de son succès, de manière conjoncturelle et pragmatique, c’est à dire en surfant sur l’opportunité, rompant d’avec un passé et ses faiblesses, y compris celui de son propre camp, endossant la livrée d’un outsider proposant de nouvelles synthèses, offrant des conciliations inédites certes à partir d’ingrédients anciens mais replacés dans des configurations innovantes, avec des passerelles et des médiations nouvelles qui réussissent à articuler ensemble des segments qui n’avaient jamais été pareillement sollicités durant la période républicaine, bref à inaugurer des approches audacieuses, à fédérer les attentes et à bâtir là-dessus l’attraction qu’il exerce encore. Il instrumentalise pour cela le factuel sur lequel il capitalise, tout autant pour se prévaloir d’une rupture dont il se réclame qu’il s’ingénie à manier aussi les figures de la continuité et du conservatisme.

Sur toute la période de son gouvernement, et c’est un constat que l’on a pu souvent faire, les opinions émises sur l’expérience AKP ont souvent été plus interrogatives qu’affirmatives et les diagnostics portés, à moins d’être partisans, plus souvent hypothétiques que probants. Aujourd’hui encore, il est difficile de tracer un lien logique entre ce que l’expérience AKP produit et les conditions qui président aux fréquents retournements de ses choix politiques. On sait certes recenser pour toute cette période nombre de performances, d’innovations, de réformes voire de mutations réellement mises en place par ce parti et ses dirigeants. On sait à partir de là constater voire expliquer la presque constante progression de ses scores électoraux depuis ses débuts, on a des éléments explicites d’un regain d’audience autant au niveau interne qu’au niveau international. On sait tout autant situer le point de rupture non dans la réalité de sa présence politique mais dans l’évolution de sa réputation et les modalités de sa gouvernance, à partir duquel le tournant autoritaire se dessine, mais on hésite encore à conclure et à catégoriser la nature de ce régime, à affirmer si c’est un parti islamiste, un parti conservateur, s’il s’inscrit dans l’évolution de la droite classique turque, s’il est un vecteur de modernité ou de traditionalisme, s’il est en continuité ou en rupture avec ses prédécesseurs, s’il est démocrate ou populiste, libéral ou autoritaire etc.. L’actualité renforce cette expectative.

Tout n’est pourtant pas qu’affaire d’événements ? L’autoritarisme n’est pas nouveau en Turquie. Ni la dénonciation d’un complotisme organisé, intérieur ou bien exercé de l’extérieur. Le discours unificateur en termes d’islam, l’affirmation nationaliste, le soupçon de terrorisme de la part de populations allogènes, « non-turques » (entendons non musulmanes ou non sunnites) sont des ingrédients depuis longtemps manipulés et inscrits dans la diatribe politique.

Notre séminaire veut interroger cette actualité, et à travers elle, remonter le fil des différents registres des pouvoirs et de leurs luttes, utilisant plusieurs prismes, sondant les fonctionnements internes et les enjeux par rapport auxquels se positionnent les acteurs, partisans et contestataires. Sans oublier un contexte régional où la Turquie et son pouvoir actuel sont très fortement impliqués avec, sans doute, l’idée d’être dans le futur un des acteurs majeurs de son réaménagement.

Calendrier 2016-2017

Sauf exceptions, Mercredi 10h-12h30, MMSH, Salle 102

Mercredi 28 septembre 2016, 10h-12h30, MMSH, Salle 102
« L’actualité bouleversée, conjoncture et structures » GROC Gérard (Iremam).

Mardi 11 octobre 2016, 10h-12h30, MMSH, salle 102
« Autoritarisme et luttes de pouvoir entre Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen » BALCI Bayram (CERI).

Mercredi 9 novembre 2016, 10h-12h30, MMSH, Salle 102
« Au-delà de l’autoritarisme, comment l’AKP gouverne-t-il ? » MASSICARD Elise (CERI).

Jeudi 1er décembre 2016, 14-16h, IEP SAPORTA
Séance couplée avec le Double diplôme franco-allemand de l’IEP,
« La France et l’Allemagne face au génocide arménien » Rainer GREGAREK.

Mercredi 18 janvier 2017, 10h-12h30, MMSH, Salle 102
« Taksim, sans cesse à conquérir… » COPEAUX Etienne (Chercheur indépendant).

Mercredi 15 février 2017, 10h-12h30, MMSH, Salle 102
« La maîtrise de l’énergie en Turquie » GROC Gérard (Iremam).

Mercredi 1er mars 2017, 10h-12h30, MMSH, Salle 102
« La littérature underground en Turquie » MUHIDINE Timour (Inalco).

Mercredi 15 mars 2017, 10h-12h30, MMSH, Salle 102
« Le gouvernement des migrations en Turquie à l’heure syrienne » Elen Le Chêne (doctorante IEP Aix).

Vendredi 31 mars 2017, 10h-16h30, MMSH, Salle 4
Journée d’étude sur la « Question kurde dans l’espace proche-oriental » , 6 intervenants.

SEANCE ANNULEE Mercredi 5 avril 2017, 10h-12h30, MMSH, Salle 102
« La parentèle turque en Turquie et en diaspora » DE TAPIA Stéphane (Uni. Strasbourg).