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Séminaire 2018-2019 « Le Fait turc aujourd’hui, les périphéries socio-politiques face au centralisme étatique »

Séminaire 2018-2019

« Le Fait turc aujourd’hui, les périphéries socio-politiques
face au centralisme étatique »

Responsable : Gérard Groc (chercheur associé à l’Iremam)

Séances le jeudi de 10h30 à 12h30, MMSH, salle 8, sauf exception

L’actualité turque est pleine de contrastes et provoque nombre d’interrogations. La coercition, la menace sur les libertés y côtoient des succès électoraux à répétition, comme si le pays avait perdu sa boussole. Des succès arrachés par pression politique, par inégalité de traitement, par injustice et outre-passement du droit (élections tenues sous état d’urgence) mais succès néanmoins indéniables qui indiquent que, sur une masse de plus de 50 millions de votants, il y a quand même une bonne moitié qui agrée cet ordre politique distordu.

Il y a certes un climat politique qui contribue à cela, celui d’une polarisation pressante des opinions à laquelle il devient toujours plus difficile de se soustraire et qui ne laisse d’autre attitude que d’acquiescer ou de risquer le retour du bâton. Climat fortement entretenu par une réquisition électorale qui voit au moins un scrutin par an (11 depuis 2009, législatif, présidentiel et référendaire), qui détermine l’agenda politique national, fixe les échéances sur un enjeu précis, de plus en plus personnalisé, et met l’actualité sous la pression constante d’un débat qui se réduit à l’alternative simplificatrice de la sauvegarde ou du chaos. Même si le succès semble de plus en plus tangent, il y a bien une majorité qui se dégage. De quoi est-elle faite ? Comment se maintient-elle depuis maintenant seize ans ?

Notre approche, que nous conservons, en termes de centre et de périphérie mais dont nous renversons l’interrogation (les périphéries socio-politiques face au centralisme étatique) est un moyen de poser la question. Pendant longtemps, l’analyse politique développée à propos de la Turquie, autour de Serif Mardin, a opposé les deux termes, décrivant deux espaces antagoniques, concurrentiels où l’un, la périphérie, longtemps reléguée par un centre politique, républicain et laïc, et systématiquement défavorisée, tendit peu à peu à lui résister, à opposer d’autres schémas politiques certes centrifuges, plus conservateurs, plus religieux, plus provinciaux lesquels, à force de réformes, de progrès économique, de transformations socio-culturelles, produisaient une diversification sociale dont un pouvoir de nature autoritaire, peu enclin à la laisser s’exprimer, dut finalement tenir compte. Avec le temps et grâce à une régularité électorale qui, depuis 1945, a toujours été maintenue et lui fut bénéfique, il s’est donc produit un grignotage croissant du bastion central, pourtant contrarié régulièrement par des coups d’état militaires presque décennaux, où l’idée d’une pluralité sociale et culturelle a fini à s’imposer aux décideurs centraux et à configurer le profil institutionnel. L’islam figurait un des arguments de cette périphérie.

Aujourd’hui, les catégories sont brouillées car Erdogan, actuel président de la république, et son parti, l’AKP, se réclament des deux. Au début, à son accession au pouvoir en novembre 2002, il se faisait clairement le porte-parole d’une périphérie injustement délaissée et défavorisée (Parti de la Justice et du développement), laquelle trouvait grâce à lui l’occasion d’accéder démocratiquement au pouvoir. Ainsi, durant quelques années, son slogan fut-il d’amener la périphérie au centre politique, ce qui lui a objectivement réussi et a fidélisé sinon une majorité arithmétique, du moins une minorité consistante, suffisante à faire jouer en sa faveur les méandres d’une législation électorale compliquée, qu’il a su habiller ensuite des atours d’une majorité incontestée. Il pesait alors pour mettre l’Etat « au service » de la société, infléchissant ainsi les termes d’une concurrence politique fondamentale.

Mais aujourd’hui, le discours a évolué et le maître de la Turquie (Reis) se réclame désormais des deux à la fois, mobilisant certes son électorat pour la reconquête de sa dignité et de son identité sur un élitisme fonctionnarisé encore et toujours conspué, mais avec l’assurance de la détention désormais acquise de tous les rouages de l’action politique, assortie d’une forte capacité redistributive. Et dans une rhétorique redondante, il mise désormais sur l’idée d’une représentation politique assez simplifiée, celle d’un pouvoir fort, strictement personnalisé mais démocratique par essence puisque produit à coup d’élections répétitives et qui, de ce fait, incarne incontestablement les aspirations sociales et nationales, et fait de son électorat le véritable détenteur du pouvoir. La formule simplifiée de l’équation est celle d’une présidentialisation du régime, où un chef - (millet adami = l’homme de la nation) - expression directe (scrutin présidentiel + référendums) de la volonté populaire , supprime peu à peu tous les intermédiaires superflus entre lui et ses électeurs et devient le meilleur garant d’une décision essentiellement souveraine - au sens où le millet est à la fois le peuple, la société et la nation -, efficace car débarrassée des atermoiements des procédures démocratiques et d’autant plus indispensable que la Nation est aux prises avec nombre d’ennemis intérieurs autant qu’extérieurs, située dans une zone hautement convoitée et de ce fait perturbée. Le centre politique s’y réduit alors, dans un circuit court (voire un court-circuit) à une forme épurée, quasi familiale, autour de laquelle s’aligne désormais des légions d’obligés. Est-ce une périphérie désormais transcendée ou simplement absorbée ? Est-ce une fin de l’Histoire, par la clôture d’un segment d’histoire, l’épisode kémaliste, désormais obsolète ?

Toute périphérie a-t-elle pour autant disparu ? N’est-elle plus qu’un espace uniquement oppositionnel, comme tend à le faire entendre le discours officiel ? A-t-elle toujours la même définition et les mêmes caractéristiques ? Comment s’exprime-t-elle et qu’exprime-t-elle ?


Calendrier des séances 2018-2019

Jeudi 20 septembre 2018, salle 5
« La présidentialisation du régime en question(s) », Gérard Groc (Iremam).

Jeudi 27 septembre 2018
« Syndicats et politique en Turquie. Les ressorts sociaux du pouvoir de l’AKP (2002-2015) », Isil Erdinç (Paris Dauphine).

Jeudi 11 octobre 2018
« Conditions d’exercice de la presse en Turquie », Ahmet Insel (professeur émérite à l’université de Galatasaray).

Jeudi 8 novembre 2018
« La fabrique du patrimoine : le récit national et ses variations locales, Muriel Girard (Ecole Sup. d’Archi. Marseille).

Jeudi 22 novembre 2018
« Le Muhtar, régulateur de la vie locale », Elise Massicard (CERI, Cherpa).

Jeudi 6 décembre 2018
« Le halal, un hybride islamo-commercial », Gérard Groc (Iremam).

Jeudi 17 janvier 2019
« La violence et ses masques », Etienne Copeaux (historien de la Turquie au XXe siècle).

Jeudi 31 janvier 2019
« Les communautés grecques-orthodoxes d’Anatolie face aux administrations centrales (Sublime Porte, Patriarchat grec d’Istanbul) à la fin de l’Empire Ottoman », Aylin de Tapia (post-doc labexMed Idemec).

Jeudi 7 février 2019
« La place des périphéries ottomanes dans l’historiographie turque », Ethem Eldem (Collège de France).

Jeudi 28 février 2019
« Un retour en force du panthéon médiéval dans l’hyper-nationalisme turc : du pirate Tchaka d’Izmir à Ertughrul, père d’Osman », Michel Balivet (AMU).

Jeudi 14 mars 2019
« Ascèse et soustraction à l’Etat en Turquie contemporaine », Nicolas Elias (Ecole d’Athènes).

Jeudi 21 mars 2019
« Sport et politique en Turquie », Jean-François Polo (Rennes 2).

Jeudi 11 avril 2019
« La relation actuelle de la Turquie à l’OTAN », Ahmet Cenk Sari (doctorant Grenoble).

+ un WE (Aix et Marseille) expos, conférences, films sur Littérature Underground en Turquie, Timour Muhidine (Inalco).